En ce moment à Pézenas, se tient un festival d’Art lyrique,
Pézenas enchantée. Outre les aspects somme toute assez classiques de ce genre de manifestation (concerts, conférences, films, expos) propices à régaler les amateurs, plus original, des Master Class se déroulent en parallèle, gratuites et ouvertes au public. On peut ainsi voir et entendre œuvrer des élèves de déjà très bon niveau sous la direction d’artistes de premier rang, mercredi avec Michel PLASSON, illustre chef d’orchestre, tous les jours avec la cantatrice Sylvia SASS et le comédien – chanteur – metteur en scène Thierry PILLON.
A voir travailler ces élèves et leurs professeurs, des parallèles intéressants peuvent être faits avec l’Aïkido.
Quelques réflexions de Michel PLASSON prises au vol :
* « Entre deux notes, il y a un voyage. Il faut enchainer, sinon, c’est comme si vous posiez un garrot (joignant le geste à la parole). Il faut vibrer entre les notes et c’est ça qui est difficile. »
Cela nous renvoie à la nécessité pour nous pratiquants d’Aïkido de mettre du liant entre toutes les phases d’un mouvement, tout en donnant du rythme.
* Reprenant un élève mettant beaucoup d’énergie dans son interprétation,« La voix, c’est comme une voiture, il ne faut pas utiliser toute sa puissance, 60 à 70 %, c’est suffisant. C’est là où vous êtes confortable et juste ».
Comment ne pas penser à notre tentation d’utiliser la puissance physique pour masquer notre déficience technique.
* A propos de la langue française, en comparaison avec d’autres langues : « La langue française, contrairement à l’allemand ou l’italien, n’a pas d’accent tonique. Vous pouvez le mettre où vous voulez en fonction de ce que vous voulez transmettre. » S’exécutant, il donne l’exemple de : je ne le crois pas, en accentuant sur les différents mots. Reprenant : « C’est une difficulté supplémentaire pour donner du sens à l’interprétation »
Cela nous renvoie à l’infinie variété de porter un même mouvement : quelle partie devons nous « accentuer » en fonction du contexte : vitesse, puissance de l’attaque, position du partenaire. Quelle est l’accentuation juste ?
* Ayant corrigé un élève quelques minutes auparavant, l’élève reprenant le même passage reproduit la même imperfection (à peine audible pour le néophyte). Michel PLASSON, s’adressant au public : « Vous voyez, quand c’est appris, c’est appris. C’est très difficile à changer. C’est physique et ancré dans le corps. C’est pour cela qu’il faut apprendre juste, et c’est pour cela qu’il faut frapper à la bonne porte. »
Je suis sûr que je ne suis pas le seul à avoir entendu des réflexions similaires dans notre propre dojo.
Plus généralement, sur l’attitude des professeurs, quelques points communs avec notre propre pratique :
- La passion qui les anime pour leur art, l’envie de partager et de voir d’autres progresser sur la base de leur expérience et expertise
- Leur exigence vis-à-vis des élèves : ne pas se contenter de l’à-peu-près, justement pour ne pas ancrer de mauvaises pratiques
- La capacité à s’adapter à chaque élève, de lui donner des indications précises pour lui permettre de franchir un pas significatif, compte tenu de où il en est dans sa pratique.
- Leur humanité envers leurs élèves, sans complaisance, et le sentiment de contribuer à un meilleur « ici et maintenant »
Et sur la technique :
- l’importance de la respiration et la participation de tout le corps pour la diriger et la contrôler
- l’importance de l’intention mentale qui précède l’acte de chanter et qui va donner l’âme à ce qui est exprimé
- l’importance de la gestuelle en harmonie et unité avec ce qui est chanté.
Si vous avez un peu de temps à consacrer à cet évènement, le festival se tient jusqu’au 16 novembre.
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